On a tous connu ce moment cruel : le dimanche soir, la valise à peine posée, et cette sensation d’avoir déjà tout perdu.
De quoi dresser un tableau cynique : les vacances sont un plaisir aux bienfaits très éphémères. Sauf qu’une étude vient de rebattre les cartes. Menée par le chercheur Ryan Grant et son équipe de l’université de Géorgie, elle a passé au crible 32 études mesurant l’évolution du bien-être des salariés après leurs congés.
Verdict : l’effet des vacances sur le bien-être est en réalité important, et il ne s’estompe pas aussi vite qu’on le pensait. Reste une question clé : comment transformer l’essai pour que cet effet dure vraiment ?
Prévoir ses vacances pour faire durer le plaisir
Premier réflexe des personnes qui rentrent regonflées : elles savourent leurs vacances… avant même de partir. Une équipe néerlandaise menée par le chercheur en tourisme Jeroen Nawijn a suivi 1 530 adultes, dont 974 vacanciers, en comparant leur niveau de bonheur avant et après un séjour. Résultat : les vacanciers se sentaient plus heureux que ceux restés chez eux, mais surtout avant le départ, pendant la phase d’anticipation. Une autre analyse a même montré que ce pic de bonne humeur peut démarrer jusqu’à huit semaines avant le grand départ.
Ne laissez pas les joies du Tricount et des sites de booking aux autres. Préparer son voyage, c’est déjà se mettre de la vague à l’âme. Feuilleter des photos, comparer des hébergements, imaginer l’itinéraire… ces petits rituels activent une forme de plaisir anticipé qui, cumulé au plaisir du séjour, prolonge la sensation de bien-être bien au-delà du simple retour de plage. À l’inverse, les vacances organisées à l’arrache, la veille pour le lendemain, privent le cerveau de cette précieuse phase de rêverie.
De l’art de décrocher pour de vrai
Deuxième réflexe, plus subtil : ces personnes coupent réellement le cordon avec le travail. L’étude de Ryan Grant est sans appel sur ce point : les salariés qui se sont psychologiquement détachés de leur travail pendant les congés sont ceux dont le bien-être s’est le plus amélioré. “Si vous n’êtes pas au bureau mais que vous pensez au bureau, autant y être“, résume-t-il. Traduction concrète : limiter les mails consultés, ne pas répondre à chaque notification et accepter, l’espace de quelques jours, que l’entreprise puisse tourner sans nous.
Une étude de Texas A&M University a creusé le sujet en interrogeant plus de 800 vacanciers. Elle a identifié deux ingrédients supplémentaires du repos réussi : le sentiment de maîtriser son emploi du temps pendant le séjour, et le fait d’apprendre quelque chose de nouveau. Ces vacanciers-là ressentent moins de stress au retour, et plus durablement. Une autre étude, menée par le psychologue John Coffey à l’université d’État de l’Arizona, va dans le même sens côté couples : ce ne sont pas les vacances les plus chères qui renforcent une relation, mais celles remplies d’expériences inédites, capables de nourrir la curiosité et la complicité bien après le retour.

















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