La rentrée est à peine passée que tout votre entourage semble épuisé.
Pour certains, ce n’est pas surprenant : leur hygiène de vie laisse clairement à désirer ! D’autres, en revanche, ont un rythme de sommeil irréprochable, des week-ends reposants, aucun trouble diagnostiqué…
Malgré ce programme de rêve, l’épuisement se lit sur leur visage.
Les différents types de fatigue
Dormir suffisamment répond à la somnolence, cette envie irrépressible de fermer les yeux à n’importe quel moment de la journée. La fatigue, elle, joue sur un autre terrain : celui de l’énergie, de la motivation, de la clarté mentale. Une équipe de l’université Stanford, menée par la chercheuse Sooyeon Suh, a comparé ces deux états chez 606 patients suivis pour des troubles du sommeil, en croisant soixante variables allant des données de polysomnographie aux échelles de dépression. Publié dans le Journal of Psychosomatic Research, cette étude montre que fatigue et somnolence ne sont que modérément corrélées. Cela confirme qu’il s’agit bien de deux états distincts, même s’ils se recoupent partiellement.
Le plus frappant tient à ce qui alimente chacun de ces états. Pour prédire la somnolence, c’est la sévérité de l’insomnie qui pèse le plus lourd. Pour prédire la fatigue, en revanche, c’est la dépression qui l’emporte très largement. Deux personnes peuvent donc dormir exactement pareil et vivre une fatigue radicalement différente selon leur état émotionnel. Une étude de médecine générale britannique, publiée dans le British Journal of General Practice, va dans le même sens : chez les patients venus consulter pour une fatigue persistante, la détresse psychologique reste élevée quelle que soit la sévérité de la fatigue. On note en outre un décalage frappant entre patients, qui imputent leur état au physique, et médecins, qui y voient d’abord du psychologique.
Quand la fatigue cache un trouble
Ce décalage entre ressenti physique et origine psychique est un sentiment relativement commun. En ce sens, une étude néerlandaise portant sur 283 patients adressés à un laboratoire du sommeil et publiée dans le Journal of Sleep Research a cherché à isoler ce qui distingue vraiment fatigue et somnolence pathologiques. Seuls 4 % des patients consultaient initialement pour une fatigue excessive, contre 17 % pour une somnolence diurne excessive. Pourtant, une fois l’évaluation menée, 64 % des patients référés rapportaient une fatigue pathologique sans aucun chevauchement avec la somnolence, contre seulement 4 % dans le sens inverse. La fatigue s’impose donc comme un symptôme largement sous-déclaré en tant que tel, souvent noyé dans une plainte plus générale de “manque de sommeil“.
Notre humeur a son rôle à jouer dans notre dialogue avec Morphée. L’étude montre une association statistique forte entre la fatigue prononcée et la présence de symptômes dépressifs. Ce que traduisent ces chiffres, c’est qu’une bonne partie des « je suis fatigué » entendus au quotidien ne décrivent pas un déficit d’heures de sommeil, mais un épuisement émotionnel, un stress chronique ou une charge mentale qui n’ont pas encore trouvé leurs mots. Avant de changer de matelas ou de traquer une énième heure de sommeil, il vaut peut-être mieux se demander ce qui, dans la vie, pèse vraiment.

















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