Fatigue inattendue, tensions diffuses, maux de ventre que les examens médicaux n’expliquent jamais… Beaucoup en ont fait l’expérience. Le psychologue Pascal Anger y voit un langage : celui d’un corps qui prend le relais quand les mots manquent ou restent coincés.
Le corps prend le relais des mots
Enfant, il est difficile d’annoncer franchement qu’on ne veut pas aller à l’école ou à la piscine. Alors, le corps s’en charge. Cela peut se traduire par un mal de ventre providentiel ou une fièvre qui monte. “Nous ne sommes pas des malades imaginaires, mais des personnes qui ne peuvent pas dire haut et fort qu’elles ne peuvent pas ou ne veulent pas”, résume Pascal Anger. “Cela se manifeste en tension interne. Un peu notre refuge”.
Devenus adultes, ces mêmes réflexes ressurgissent avant une réunion, un examen, un grand oral. Les psychologues appellent cela la somatisation : stress chronique, déséquilibre émotionnel, anxiété face à un enjeu qui compte. L’enfant qui vomissait ou se pliait en deux avant d’aller quelque part ne jouait pas la comédie, il bloquait réellement.
Dire sa souffrance à voix haute reste souvent mal vu, alors que se plaindre d’un mal de tête est complètement accepté. Quand l’entourage invite un enfant à mettre des mots sur ce qu’il ressent, celui-ci n’a plus besoin de le faire passer par le corps.
“Certains disent, par rapport à ces symptômes, que c’est dans la tête. Mais c’est le corps qui parle”, relève Pascal Anger.
Décoder ce que le corps essaie de dire
Chaque douleur porterait un message précis, encore faut-il apprendre à le lire. “Nos douleurs sont un langage”, affirme le psychologue. Une otite à répétition ? Elle pousse à se demander ce qu’on refuse d’entendre. Un mal de dos qui traîne ? Il rappelle peut-être qu’on en a “plein le dos” de quelqu’un ou d’une situation précise. “Il est toujours intéressant de s’interroger sur la source de notre stress, de nos blocages”, ajoute-t-il. “Le corps vient nous signaler qu’il y a un dysfonctionnement, encore faut-il vouloir l’entendre”.
Dans une société qui prend rarement soin d’elle-même, le corps se charge du rappel à l’ordre à travers ses maux. Il réclame du repos, de la détente, un peu de paix. Pascal Anger insiste sur l’importance de laisser sortir les émotions plutôt que de faire l’autruche face à ce qui se joue dans le corps. Parfois, sans le vouloir, une plainte s’installe pour attirer l’attention ou provoquer de la compassion : un signal supplémentaire de conflits intérieurs restés sans issue. Mieux vaut bouger, danser, dire ses blessures que blesser son corps en silence.
Corps et esprit fonctionnent comme un seul bloc, jamais séparément. “Nous sommes des êtres faits d’un corps et d’un esprit”, rappelle Pascal Anger, qui cite un vieil adage : l’âme comme une épée, le corps comme son fourreau. Un corps affaibli fragilise aussi l’âme. La vie, dit-il, se vit épicée et amère à la fois, faite de joies et de peines qu’il vaut mieux exprimer plutôt qu’enfouir.
Le lâcher-prise, souvent réduit à un slogan de développement personnel, devient ici une piste concrète. “Le changement opère quand on cesse de vouloir être dans la maîtrise”, observe-t-il. “Il nous faut d’abord accepter”.
En somme, le symptôme ne doit jamais être un ennemi à faire taire. “Il vient alerter sur un dysfonctionnement et un besoin de changement”, conclut Pascal Anger. Reste à accepter de l’entendre, et à réapprendre à décoder ce que le corps répète depuis longtemps, pour qu’une page puisse se tourner.

















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