Bien Etre

Les personnes qui recherchent de plus en plus la solitude en vieillissant ne deviennent pas forcément antisociales : elles ont souvent passé leur vie à faire passer les autres avant elles

0

Faut-il s’inquiéter lorsqu’une personne âgée choisit la solitude?

Après avoir écarté les risques de dépression ou de déclin cognitif, la solitude choisie chez les seniors pourrait bien apparaître comme une stratégie vertueuse. Contrairement au stéréotype du vieillard isolé, parfois aigri, une partie croissante des personnes âgées choisit délibérément de passer plus de temps seules, sans pour autant devenir antisociales.

Derrière ce choix, on retrouve souvent un parcours de vie marqué par le don de soi, des décennies à faire passer les autres avant elles jusqu’à l’épuisement.

La solitude choisie n’est pas un symptôme

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, passer plus de temps seul avec l’âge n’est donc pas synonyme de souffrance. Les recherches montrent que le temps passé seul augmente avec l’âge, en partie à cause de la diminution des interactions sociales, mais aussi par choix personnel. Les adultes plus âgés ont une préférence pour la solitude plus élevée que les plus jeunes, sans pour autant présenter davantage d’anxiété sociale ou des compétences sociales plus faibles.

Une étude, publiée en 2021 par des chercheurs de l’Université de Haifa en Israël, explore cette recherche de solitude positive. Les chercheurs ont interrogé 124 personnes, dont des adultes âgés et des professionnels de la gérontologie. Trois caractéristiques ressortent : la solitude positive choisie est vécue comme agréable, satisfaisante et porteuse de sens . Les auteurs soulignent que cette forme de solitude peut même contribuer à la qualité de vie des personnes âgées.

Un choix de vie agréable

Une autre étude, publiée dans The Gerontologist, a suivi plus de 300 personnes âgées de 65 ans et plus pour analyser le lien entre leurs moments de solitude et leur état émotionnel au quotidien. Les chercheurs ont constaté que les moments passés seuls pouvaient être associés à moins d’émotions négatives. Les auteurs suggèrent que la solitude peut parfois constituer une stratégie permettant de se protéger d’un environnement relationnel éprouvant ou de se reposer après une vie passée à s’occuper des autres.  

Une étude publiée en 2023 par Rita Hu, Marina Larkina et Jacqui Smith dans The Journals of Gerontology s’est intéressée à l’impact du rôle d’aidant sur les personnes qui vieillissent. Les chercheurs ont constaté que les personnes ayant déjà été aidantes avaient, en moyenne, une perception plus négative de leur propre vieillissement. Ces seniors, après avoir consacré une grande partie de leur existence aux besoins des autres, étaient amenés à ressentir le besoin de se recentrer davantage sur eux-mêmes. Cette étude démontre ainsi que l’expérience de prendre soin des autres peut laisser une empreinte durable sur la façon dont on envisage sa propre avancée en âge.

Faire la différence entre solitude choisie et subie

Rappelons que la solitude choisie, en toute autonomie, est très différente de la solitude subie qui touche de nombreux seniors. La solitude chez les personnes âgées peut avoir des effets positifs ou négatifs selon la manière dont elle est vécue et définie.

Quand le retrait social est choisi, il peut devenir un espace de liberté et de reconnexion à soi, mais l’équilibre demeure fragile. C’est pourquoi le rôle des proches est clé. Des questions simples peuvent permettre de comprendre la situation dans laquelle se trouve un proche. Questionnez le senior : aime-t-il être seul ? parvient-il à maintenir suffisamment de lien ? Se sent-il bien ou triste, seul ou épanoui ? Vous pourrez ainsi l’aider à préserver ou rétablir son bien-être malgré le temps qui passe.

Sources :

  • Etude d’ Ost Mor, S., Palgi, Y., & Segel-Karpas, D. (2021). The Definition and Categories of Positive Solitude: Older and Younger Adults’ Perspectives on Spending Time by Themselves. The International Journal of Aging and Human Development, 93 (4), 943–962.
  • Etude de Birditt, K. S., Manalel, J. A., Sommers, H., Luong, G., & Fingerman, K. L. (2019). Better Off Alone: Daily Solitude Is Associated With Lower Negative Affect in More Conflictual Social Networks. The Gerontologist, 59(6)  1152–1161.
  • Etude de Hu, R. X., Larkina, M., & Smith, J. (2023). The Impact of Caregiving History on Later-Life Self-Perceptions of Aging. The Journals of Gerontology: Series B: Psychological Sciences and Social Sciences, 78(11), 1805–1812.

 

 

ChMaille

Les personnes qui ressentent constamment le besoin de se justifier ont grandi avec cette croyance profondément ancrée

Previous article

DIRE : LE REGARD D’UN PSYCHANALYSTE SUR SON ÉPOQUE

Next article

You may also like

Comments

Comments are closed.

More in Bien Etre