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Les personnes qui restent vingt ans dans un couple avant de partir ont parfois compris bien plus tôt que quelque chose n’allait plus

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De l’extérieur, la séparation paraît parfois incompréhensible.

Vingt, trente ou même quarante années de mariage, des enfants devenus adultes, une maison achetée ensemble et des habitudes parfaitement installées. Puis, presque soudainement, l’un des deux annonce qu’il souhaite partir.

L’entourage se demande alors ce qui a bien pu se passer. Pourtant, pour celui qui quitte la relation, la rupture n’a pas forcément commencé quelques semaines plus tôt. Elle peut être le résultat de petites déceptions accumulées pendant des années, de discussions que l’on a cessé d’avoir ou d’une vie à deux qui s’est progressivement transformée en simple cohabitation. C’est notamment ce que décrivent plusieurs thérapeutes à propos du “divorce gris“, qui désigne les séparations après 50 ans.

Les chiffres montrent d’ailleurs que ces ruptures tardives ont nettement augmenté au cours des dernières décennies. Mais derrière une décision qui semble brutale se cache parfois une insatisfaction beaucoup plus ancienne.

Les grandes ruptures commencent parfois par de toutes petites déceptions

“Ce qui met fin aux mariages, ce ne sont généralement pas les drames majeurs”, explique la thérapeute de couple Marina Edelman à GQ. Selon elle, ce sont souvent “les petites choses qui s’accumulent au fil des décennies”. Un partage des tâches toujours déséquilibré, des disputes qui reviennent sur les mêmes sujets, une impression de ne plus être écouté ou encore un manque d’attention peuvent paraître supportables lorsqu’ils restent isolés. Répétés pendant vingt ans, ils finissent toutefois par raconter une autre histoire.

Cela ne signifie pas que les personnes concernées passent des décennies en sachant qu’elles vont un jour divorcer. Beaucoup espèrent que les choses évolueront. Elles s’adaptent, privilégient les enfants, leur travail ou simplement la stabilité du quotidien. Certaines relations entrent alors dans ce que la psychologue Chivonna Childs, interrogée par la Cleveland Clinic, appelle unsilent marriage. Le couple n’est pas forcément conflictuel. Il fonctionne, mais davantage comme une colocation. Les partenaires mènent leur vie en parallèle et restent ensemble parce que partir paraît plus difficile que continuer. Tant que le quotidien reste rempli, ce fonctionnement peut durer longtemps.

Le départ des enfants ou la retraite peuvent simplement rendre le problème impossible à ignorer

La cinquantaine et la soixantaine représentent justement des périodes où les repères changent. Les enfants quittent le domicile, la carrière prend moins de place et la retraite approche. Pour certains couples, cela signifie enfin davantage de temps à deux. Pour d’autres, ce calme révèle ce que les années très occupées permettaient de ne pas regarder. Les enfants pouvaient alors jouer le rôle de “tampon”. Les repas, l’école, les activités, les obligations familiales… Ils donnaient au couple un projet commun. Une fois cette organisation disparue, les partenaires peuvent découvrir qu’ils ne savent plus vraiment ce qui les relie en dehors de leur rôle de parents.

À cela s’ajoute une autre évolution. Après 50 ans, certaines personnes ne perçoivent plus la séparation comme la fin de leur vie sentimentale. L’allongement de l’espérance de vie, l’indépendance financière croissante des femmes et le recul du stigmate entourant le divorce ont ouvert d’autres possibilités. Beaucoup regardent désormais les années qui leur restent et se demandent s’ils veulent vraiment les vivre dans une relation qui ne les satisfait plus. Ce questionnement peut donner l’impression que la décision apparaît tardivement. En réalité, il peut surtout rendre possible un choix envisagé depuis bien plus longtemps. Pour autant, traverser une période de distance ne condamne pas nécessairement une relation. Chivonna Childs recommande notamment de recréer des moments communs, de réapprendre à exprimer ses besoins et, lorsque les mêmes difficultés reviennent sans cesse, de se tourner vers une thérapie de couple. Car il existe une différence importante entre une relation qui traverse une crise et une relation dans laquelle chacun a progressivement cessé d’espérer du changement.

 

 

ChMaille

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