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Gloria Origgi : « À la ménopause, j’ai cessé d’attendre la validation des autres », la philosophe explore cette nouvelle liberté que vivent les femmes après 50 ans

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Et si la ménopause était moins la fin de quelque chose que le début d’une nouvelle manière d’être au monde ?

Dans Philosophie de la ménopause (Flammarion), sélectionné pour le Prix Psychologies de l’Essai 2026, la philosophe Gloria Origgi invite à sortir d’un récit dominé par la perte et le vieillissement.

Corps, désir, regard des autres, liberté, pouvoir d’agir : elle pense le climatère comme un passage qui bouleverse les repères et peut ouvrir un nouvel âge de la vie. Entretien.

Vous écrivez que la ménopause n’est pas une date de péremption. Pourquoi ?

Gloria Origgi : Toute notre culture raconte la ménopause comme une perte. La définition médicale elle-même est négative : douze mois après les dernières règles, une femme n’est plus fertile. Tout est construit autour de ce qui disparaît. Or ce n’est absolument pas ce que vivent les femmes. Elles traversent une période de transformation qui dure parfois près de dix ans. Leur corps change, leur cerveau change, leur rapport au temps change. Réduire cette expérience à la fin de la fertilité est une vision extraordinairement pauvre.

Vous préférez d’ailleurs parler de « climatère » plutôt que de « ménopause ». Pourquoi ?

G.O. : Parce que les mots comptent. « Ménopause » signifie étymologiquement : fin du cycle menstruel. « Climatère », qui vient du grec klimax, l’échelle, évoque au contraire une étape, un passage, une marche que l’on gravit. Ce mot raconte beaucoup mieux ce qui se passe réellement. Les femmes ne tombent pas d’un état dans un autre. Elles traversent une transformation profonde. La ménopause est une métamorphose. Le problème est que nous continuons à l’interpréter comme un déclin, alors qu’elle ouvre aussi des possibilités inédites.

Vous parlez d’un âge du leadership. Qu’entendez-vous par là ?

G.O. : Le mot est important. Je ne veux surtout pas dire qu’il faudrait attendre cinquante ans pour exercer des responsabilités. Beaucoup de jeunes femmes sont déjà de formidables dirigeantes. En revanche, le climatère s’accompagne d’une réorganisation intérieure. On devient moins dispersée. On cherche moins à répondre aux attentes de tout le monde. Les enfants ont grandi, la carrière est souvent installée, on connaît mieux ses limites et ses désirs. Cette liberté nouvelle favorise une forme de leadership, non pas fondée sur la domination, mais sur l’expérience et la capacité de décision.

Pourtant, beaucoup de femmes racontent qu’à cet âge elles deviennent invisibles…

G.O. : C’est probablement ce qui m’a le plus surprise. Je ne me sentais pas différente, mais je voyais bien que le regard des autres avait changé. Comme si, soudain, je traversais l’espace autrement. Je me souviens de ma réaction presque enfantine : je me suis acheté des rollers. Je mesure 1,82 mètre ; avec les rollers, j’étais immense ! J’avais besoin de continuer à me sentir vue et de vérifier que l’on continuait à me voir. Puis j’ai compris que cette invisibilisation disait surtout que nous accordons une importance démesurée au regard des autres. Au fond, cette période m’a obligée à déplacer le centre de gravité de ma vie. J’ai cessé d’attendre une validation extérieure. Les conversations, les idées, les livres, les rencontres intellectuelles ont pris davantage de place. Je ne dirais pas que la séduction disparaît, mais elle change de nature.

Philosophie de la ménopause, de Gloria Origgi, Flammarion, 256 p., 14,90 €

Le Prix Psychologies de l’Essai 2026

Philosophie de la ménopause de Gloria Origgi (Flammarion) fait partie des cinq ouvrages sélectionnés pour le Prix Psychologies de l’Essai 2026, qui récompense un livre qui « aide à mieux vivre sa vie ». Le jury réunit Laurence Joseph, lauréate 2025 pour Nos silences, apprendre à les écouter (Autrement), les journalistes de Psychologies Erwan Desplanques, Ariane Bois et Hélène Fresnel, ainsi que deux lectrices.

Le lauréat sera dévoilé le 17 novembre 2026 au musée Jacquemart-André, à Paris, lors de la remise des Prix Psychologies de l’Essai et du Roman.

 

 

ChMaille

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