Bien Etre

Des psys observent que les personnes qui restent silencieuses dès qu’elles sont en groupe ne sont pas forcément timides mais qu’elles possèdent cette grande qualité

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Il y a toujours cette personne, au fond de la salle de réunion ou en bordure du dîner entre amis, qui n’ouvre presque jamais la bouche.

On la croit timide, absente, peu concernée. Pourtant, pendant que les autres parlent, coupent la parole ou cherchent leur prochaine phrase, elle observe. Elle capte un regard fuyant, un silence qui dure une seconde de trop, un détail que personne d’autre n’a relevé.

Ce n’est pas un hasard : plusieurs recherches en psychologie montrent que le silence fonctionne comme un mode de perception à part entière.

Le silence : une stratégie d’attention

Une bouche cousue, certes, mais un cerveau qui carbure. Il continue de tourner, mais sur un autre mode : celui de l’écoute et de l’observation plutôt que de la production. C’est précisément ce qu’a mis en évidence la chercheuse Elaine Aron avec son mari Arthur Aron dans leur étude fondatrice de 1997 publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology. Leurs travaux ont fait émerger le concept de “sensibilité au traitement sensoriel” (SPS), un trait présent chez environ 15 à 20 % de la population et caractérisé par un traitement plus profond de l’information venue de l’environnement.

Les personnes qui présentent ce trait perçoivent davantage de nuances dans une même situation, qu’il s’agisse d’un changement de ton, d’une tension entre deux collègues ou d’un mensonge à peine perceptible. Aron et Aron l’ont montré à travers sept études menées sur des échantillons variés : cette sensibilité fonctionne indépendamment de l’introversion et de la simple émotivité. Autrement dit, se taire en groupe ne relève pas forcément d’un trait de caractère social, mais traduit parfois un cerveau occupé à traiter beaucoup plus d’informations que celui de son voisin le plus loquace.

Ce que le cerveau des plus sensibles capte

Cette hypothèse a depuis trouvé un appui direct en neurosciences. En 2011, une équipe menée par Jadzia Jagiellowicz, avec la participation d’Arthur et Elaine Aron, a publié dans la revue Social Cognitive and Affective Neuroscience une étude par IRM fonctionnelle particulièrement parlante. Les chercheurs ont fait passer un test de détection de changements à seize participants, préalablement évalués sur leur niveau de sensibilité sensorielle, pendant qu’ils étaient placés sous un scanner cérébral.

Bilan : face à des changements mineurs dans une image, presque invisibles à l’œil non averti, les personnes les plus sensibles montraient une activation nettement plus forte dans les zones cérébrales dédiées au traitement visuel complexe. Ce surcroît d’activité disparaissait face aux changements évidents, ce qui prouve qu’il ne s’agit pas d’une vigilance générale, mais bien d’une capacité accrue à repérer ce qui se joue dans les détails. Ramené à une salle de réunion ou à un repas de famille, ce mécanisme explique pourquoi certaines personnes, silencieuses en apparence, remarquent le malaise d’un collègue ou la contradiction glissée dans une phrase, là où le reste du groupe n’y voit que du feu.

 

 

 

ChMaille

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