Le trouble de la personnalité narcissique est officiellement défini par le DSM-5-TR (manuel diagnostique de référence de l’Association américaine de psychiatrie) comme un mode durable associant grandiosité, besoin excessif d’admiration et manque d’empathie, présent dès le début de l’âge adulte.
Le diagnostic exige au moins cinq critères sur neuf : sens exagéré de sa propre importance, fantasmes de succès illimité, sentiment d’être spécial, besoin d’admiration constant, sentiment de privilège, exploitation d’autrui, manque d’empathie, envie ou arrogance. Un tableau bien identifié, mais qui, sur le divan, se révèle particulièrement retors.
Le comportement des narcissiques en thérapie
C’est le constat que dresse la Dre Pauline Bade, thérapeute spécialisée dans l’emprise, la manipulation et les violences psychologiques, praticienne en EMDR, sur son compte @your_dr.paupau. Selon elle, la duplicité ne s’arrête pas à la porte du cabinet : “ Les personnes narcissiques mentent aux thérapeutes autant qu’elles vous mentent et vous manipulent. “ De quoi surprendre, tant on imagine la thérapie comme un lieu épargné par les jeux de pouvoir. Mais ces mensonges répondent à une logique précise : continuer à tromper et exploiter l’entourage, obtenir des faveurs, protéger une image idéalisée de soi, ou fuir toute responsabilité. Et ce, y compris face au professionnel censé les aider.
C’est pour cette raison que ces profils sont souvent qualifiés de “résistants” à la thérapie, et que la Dre Bade recommande aux victimes de s’éloigner plutôt que d’attendre un changement. Sa lecture est claire : ces personnes n’ont pas les ressources psychologiques nécessaires pour confronter la honte qui se cache sous leur grandiosité. Plutôt que d’affronter ce sentiment insupportable, elles le contournent, y compris en séance. Pour ce faire, elles présentent une version arrangée d’elles-mêmes plutôt que la réalité de leurs actes.
Ce que dit la recherche sur la honte narcissique
Cette intuition clinique rejoint des travaux scientifiques solides. Une étude de référence menée par Katja Ritter et son équipe de la Charité de Berlin, publiée dans Psychiatry Research (2014), a comparé pour la première fois la honte explicite et implicite chez des patients diagnostiqués NPD, des patients borderline et des témoins sans pathologie. Les chercheurs ont mis en évidence que les personnes avec un trouble de la personnalité narcissique présentaient des niveaux significativement plus élevés de honte consciente que les témoins sains, tout en portant les niveaux les plus élevés de honte implicite, inconsciente, mesurée par un test d’associations automatiques, parmi les groupes comparés.
En clair, les narcissiques ressentent bien la honte, contrairement à l’image d’invulnérabilité qu’ils projettent, mais surtout de façon non consciente, ce qui les empêche de la traiter directement. Cette charge refoulée pousserait vers des stratégies défensives coûteuses : déni, attribution de la faute à autrui, colère, ou mensonge pur et simple. Une donnée qui confirme, chiffres à l’appui, ce que les cliniciens observent depuis longtemps : sans travail spécifique sur la honte, la thérapie butera sur le même mur.

















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