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Audrey Dana : ‘Mon père m’adorait, mais ne me protégeait pas’, ce qu’elle a compris des années plus tard sur ses relations amoureuses

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Invitée du podcast Au nom du clan, dont Psychologies est partenaire, Audrey Dana se confie sur son histoire familiale et les blessures dont elle a longtemps sous-estimé l’empreinte.

Au micro de Philippe Spanghero, l’actrice et réalisatrice revient notamment sur la relation avec son père, un homme dont elle s’est toujours sentie profondément aimée, mais qui était peu présent et ne la protégeait pas. Ce n’est que des années plus tard qu’elle a compris à quel point ce modèle avait influencé, à son insu, ses propres relations amoureuses.

Pourquoi reproduire les mêmes erreurs que ses parents ?

Peut-on avoir été profondément aimé par un parent et avoir pourtant manqué de quelque chose d’essentiel ? En revenant sur son enfance et sur les relations qui ont ensuite marqué sa vie d’adulte, Audrey Dana met des mots sur ce paradoxe. Son père lui témoignait beaucoup d’amour lorsqu’il était présent, mais il était aussi largement absent de son quotidien et ne l’a pas protégée de situations qu’elle décrit comme particulièrement difficiles. Longtemps, elle a surtout retenu l’intensité du lien qui les unissait. Ce n’est que bien plus tard qu’elle a compris ce que cette première expérience de l’amour avait pu installer en elle.

Cette prise de conscience s’inscrit dans le long travail qu’Audrey Dana a mené autour de son histoire familiale, notamment à travers Famille, son premier roman aux accents autobiographiques. L’actrice pensait avoir suffisamment identifié les erreurs de ses parents pour ne pas les reproduire. Elle découvre pourtant autour de la quarantaine que certaines traces de l’enfance résistent à la volonté de faire autrement. « Je me suis construite persuadée de savoir mieux qu’eux, pour finalement me rendre compte à peu près à partir de l’âge de 40 ans que j’avais reproduit quand même vachement de leurs bêtises », confie-t-elle.

« Mon père m’adorait, mais ne me protégeait pas »

Audrey Dana ne décrit pas son père comme un homme qui aurait manqué d’amour pour elle. C’est précisément ce qui rend son constat plus complexe. « Mon père m’adorait, mais ne me protégeait pas et n’était pas présent », explique-t-elle. Elle raconte avoir grandi dans un environnement familial chaotique, auquel son père l’a largement laissée confrontée seule. Pourtant, lorsqu’ils se retrouvaient, il lui donnait beaucoup d’affection. « Mon amour de référence, il était paternel », résume-t-elle. Elle avait donc appris très tôt que l’on pouvait être aimé intensément par quelqu’un qui, dans les faits, n’était pas nécessairement là pour vous protéger.

Ce décalage ne lui apparaît clairement que lorsqu’elle revisite ses propres histoires sentimentales. « Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai choisi des hommes qui me disaient qu’ils m’aimaient, mais ne me traitaient pas bien et ne manifestaient pas leur amour comme il fallait », raconte-t-elle. Elle y voit aujourd’hui une « reproduction inconsciente » du lien avec son père : l’amour pouvait être déclaré et même sincère, tout en cohabitant avec des comportements qui la faisaient souffrir. Ce qu’elle pensait avoir laissé derrière elle en quittant son enfance continuait ainsi à servir, sans qu’elle en ait conscience, de modèle dans sa vie affective.

Quand ce qui nous est familier finit par ressembler à de l’amour

Audrey Dana avait pourtant passé des années à vouloir se distinguer de ses parents. Elle avait identifié le chaos sentimental dans lequel elle avait grandi et cherchait à ne pas l’imposer à ses propres enfants. Mais certaines répétitions lui ont progressivement sauté aux yeux. « J’ai vu que j’étais comme tirée par des fils et que le marionnettiste, vraiment, ce n’était pas moi. Je pensais que je tenais les rênes de ma vie mais pas du tout », explique-t-elle. Une manière de décrire le vertige qui accompagne parfois la découverte d’un schéma : comprendre que des choix que l’on pensait parfaitement personnels ressemblent étrangement à ce que l’on connaît depuis toujours.

Cette prise de conscience a également changé la manière dont elle regardait son père. Peu avant sa mort, alors qu’Audrey Dana avait 24 ans, père et fille ont passé une nuit entière à parler. Elle lui raconte alors tout ce qu’il n’avait pas vu parce qu’il n’était pas là, tandis qu’il l’écoute et lui demande pardon. « Je ne lui reprochais rien », précise-t-elle. Elle voulait simplement lui raconter ce qu’elle avait toujours tu lorsqu’elle le retrouvait, parce qu’elle préférait lui montrer ce qui allait plutôt que de l’inquiéter. Là encore, les rôles s’étaient en partie inversés : « Je voulais l’enfant qui protège, en fait. »

« Je pensais que j’avais compris »

Mettre des mots sur cette histoire n’a pourtant pas immédiatement suffi à Audrey Dana pour s’en dégager. Lorsqu’elle écrit Famille, elle pense avoir compris l’essentiel de ses blessures et des mécanismes qui en découlent. « Je me suis dit : bon ben ça y est, je suis au clair. Ça se voit que j’ai compris, que j’ai vu. » Elle constate ensuite que ses anciens schémas continuent parfois à la rattraper. « Tu peux conscientiser et quand même te faire rattraper », reconnaît-elle, expliquant avoir ensuite entrepris « un travail thérapeutique extrêmement en profondeur ».

Elle ne croit d’ailleurs plus que ce travail puisse un jour être totalement achevé. « J’ai eu la prétention à un moment de croire que j’avais terminé mon travail », raconte-t-elle. Une amie lui donne alors une image qui l’accompagne depuis : la vie ne serait pas une ligne droite mais une spirale, dans laquelle nous revenons parfois au même endroit avec une compréhension plus profonde. Pour Audrey Dana, regarder autrement la relation avec son père n’a donc pas consisté à remettre en cause l’amour qu’il lui portait, mais à comprendre qu’être aimé et être bien traité ne vont pas toujours automatiquement de pair. Et que cette distinction, lorsqu’on ne l’a pas apprise enfant, peut prendre des années à devenir évidente.

 

 

ChMaille

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