À 61 ans, Catherine aime passer du temps avec ses petits-enfants.
Pourtant, lorsqu’on lui a demandé de les garder tous les mercredis, elle a préféré refuser. Une décision qui a immédiatement réveillé un sentiment de culpabilité. “J’ai eu l’impression d’être une mauvaise grand-mère“, raconte-t-elle.
Dans l’imaginaire collectif, les grands-parents sont volontiers décrits comme disponibles, heureux de rendre service et toujours prêts à ouvrir leur porte. Alors, quand l’envie de préserver son temps, ses activités ou simplement son énergie apparaît, il peut devenir difficile de l’assumer. Pourtant, aimer ses petits-enfants et ne pas vouloir devenir leur mode de garde régulier ne sont pas deux positions incompatibles.
La grand-parentalité est une relation affective, mais elle s’inscrit aussi dans une organisation familiale où les attentes de chacun peuvent finir par peser. Comment poser ses limites sans avoir le sentiment d’abandonner ses enfants ou ses petits-enfants ?
Pourquoi dire non peut provoquer autant de culpabilité
Le psychologue Jeff Segal rappelle dans Psychology Today que la grand-parentalité s’accompagne souvent d’émotions contradictoires dont on parle peu. On peut adorer ses petits-enfants et regretter son indépendance. Être heureux de les garder et se sentir épuisé après une journée entière. Être fier d’aider ses enfants tout en ayant parfois l’impression que cette aide devient une obligation. Selon lui, cette ambivalence n’a rien d’anormal. Le problème apparaît plutôt lorsque l’on pense devoir choisir entre deux discours : être un grand-parent enthousiaste en permanence ou reconnaître que certaines demandes deviennent trop lourdes.
Cette culpabilité s’explique aussi par les attentes qui entourent encore le rôle des grands-parents. Interrogé par BBC News Mundo, le psychologue Ángel Rull explique que certains consultent parce qu’ils pensent que quelque chose “ne va pas chez eux” lorsqu’ils souhaitent voyager, disposer de plus d’espace ou simplement moins garder leurs petits-enfants. Pourtant, une garde régulière peut représenter une charge importante. Des spécialistes interrogés par la BBC décrivent chez certains grands-parents très sollicités de la fatigue, du stress, de l’anxiété ou des troubles du sommeil.
Poser une limite ne signifie pas se désengager de la famille
La question n’est donc pas forcément de choisir entre tout accepter ou ne jamais aider. Les spécialistes interrogés par la BBC recommandent plutôt de définir clairement ce que l’on peut réellement offrir. Garder les enfants un mercredi de temps en temps, les accueillir pendant quelques jours de vacances ou dépanner lorsqu’un imprévu survient n’engage pas de la même manière qu’un rendez-vous fixe chaque semaine. Cette clarté permet d’éviter que l’aide ponctuelle se transforme progressivement en organisation considérée comme acquise.
Cela peut même protéger la relation. Lorsque garder ses petits-enfants devient une contrainte, la fatigue et le ressentiment risquent de s’installer là où il y avait initialement du plaisir. À l’inverse, préserver du temps choisi peut permettre de retrouver les enfants avec davantage de disponibilité. Les liens avec les petits-enfants se construisent d’ailleurs de bien d’autres façons. Partager un repas, cuisiner ensemble, raconter une histoire familiale, partir en promenade, instaurer quelques rituels… Tout cela peut laisser une empreinte bien plus forte qu’un nombre précis d’heures de garde. À 61 ans, refuser chaque mercredi ne dit donc rien de l’amour que Catherine porte à ses petits-enfants. Poser cette limite peut permettre que les moments passés ensemble restent précisément ce qu’ils devraient être, des moments choisis.

















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