Bien Etre

Les personnes qui ressentent toujours le besoin de se justifier ont souvent grandi avec cette croyance

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Cinq minutes de retard, et déjà la tirade d’excuses part toute seule.

Un choix de vie tout simple, et voilà qu’on sent le besoin de le défendre comme un dossier au tribunal. Ce réflexe de justification permanente, même face à des interlocuteurs bienveillants, s’enracine souvent très tôt, dans une croyance intime forgée durant l’enfance.

Celle de ne mériter l’amour et l’attention des autres qu’à condition de prouver, sans cesse, qu’on a raison, qu’on est irréprochable ou digne d’être aimé.

D’où vient le besoin de se justifier ?

Ce mécanisme trouve une explication solide du côté de la psychologie de l’éducation. Le concept d'”affection conditionnelle” parentale, théorisé par les chercheurs Avi Assor et Guy Roth, décrit des parents dont les marques d’affection varient selon que l’enfant se conforme ou non à leurs attentes. Plus de chaleur en cas de réussite, du retrait affectif en cas d’échec ou de désobéissance. Ainsi, une méta-analyse publiée en 2023 dans la revue à comité de lecture Journal of Adolescence (Wiley) a compilé les données de nombreuses études sur le sujet. Elle confirme que cette pratique, bien que courante, est une stratégie éducative. On grandit alors avec un amour à géométrie variable.

Ainsi, les conséquences se logent profondément dans la construction de soi. Les mêmes travaux montrent qu’à l’âge adulte, les personnes ayant grandi sous ce régime affectif rapportent une estime de soi globale plus faible, l’enfant ayant intériorisé l’idée que sa valeur dépend de sa performance plutôt que d’être acquise d’office. Résultat à l’âge adulte : une estime de soi “conditionnelle”, qui a besoin d’être sans cesse regagnée. D’où cette manie de justifier le moindre geste, comme pour renouveler, à chaque interaction, le droit d’être accepté.

L’impression que sa parole ne suffit pas

Ce besoin de se justifier s’accompagne souvent d’un sentiment plus insidieux : celui que sa simple parole ne suffira jamais à convaincre. L’impression tenace qu’il faut toujours “en rajouter” pour être cru, légitime. Une étude sud-coréenne publiée en 2025 dans le Korean Journal of Stress Research, menée auprès de 310 étudiants, s’est penchée sur ce mécanisme en croisant sensibilité au rejet, estime de soi et tendance à s’autocensurer. Les chercheurs montrent que la sensibilité au rejet prédit une moindre acceptation de soi, laquelle entraîne à son tour une tendance accrue à s’autocensurer, jusqu’à générer un sentiment de solitude durable.

Autrement dit, plus on a grandi en craignant d’être rejeté ou mal jugé, moins on se sent légitime à simplement affirmer ce que l’on pense. Par conséquent, on ressent d’autant plus le besoin de “prouver” ses propos par des justifications en cascade. L’étude confirme d’ailleurs que la sensibilité au rejet a un effet direct significatif sur la solitude, en étant corrélée négativement à l’acceptation de soi et positivement à l’autocensure. Ce cercle vicieux explique pourquoi tant de personnes, adultes, continuent d’anticiper le jugement d’autrui avant même qu’il ne soit exprimé. Un vieux réflexe de survie affective, appris trop tôt, qu’il est possible de désapprendre en travaillant justement sur l’acceptation de soi.

 

 

ChMaille

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