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Sophie, 47 ans : “Le jour où mes enfants sont partis, j’ai réalisé que je ne savais plus ce que j’aimais, moi”

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Lorsque ses enfants ont quitté la maison, Sophie, 47 ans, s’attendait sans doute au silence, aux chambres soudain vides et aux habitudes à réorganiser.

Elle avait moins anticipé la question qui allait surgir derrière leur absence.Le jour où mes enfants sont partis, j’ai réalisé que je ne savais plus ce que j’aimais, moi. Après des années à penser aux horaires, aux repas, aux rendez-vous, aux activités ou simplement aux besoins des autres, retrouver du temps pour soi ne signifie pas toujours savoir quoi en faire.

Cette sensation de flottement accompagne parfois ce que l’on appelle le syndrome du nid vide. Il ne s’agit pas d’un diagnostic médical, rappelle notamment l’Arizona State University en s’appuyant sur les recommandations de la Mayo Clinic, mais d’une réaction possible à une transition importante de la vie.

Et derrière la tristesse liée au départ d’un enfant peut se cacher une autre difficulté. Lorsqu’être parent a structuré une grande partie de son quotidien et de son identité pendant vingt ans, comment retrouver la personne que l’on était en dehors de ce rôle ?

Quand le départ des enfants bouleverse aussi l’image que l’on a de soi

Le changement dépasse largement la présence d’une personne en moins à la maison. Pendant des années, la parentalité donne un rythme aux journées. Il faut organiser, accompagner, prévoir, cuisiner, écouter, parfois s’inquiéter. Puis une partie de ces responsabilités disparaît presque du jour au lendemain. Sur France Inter, la psychothérapeute et thérapeute familiale Nicole Prieur expliquait que cette séparation venait bouleverser “notre identité, notre rythme, le sens de notre vie”. La sensation de vide peut donc toucher autant l’emploi du temps que la façon dont on se définit. On ne se demande plus seulement ce que l’on va faire ce soir, mais parfois ce que l’on aime, ce dont on a envie ou ce qui nous anime lorsque personne ne nous attend à la maison.

Cette période peut être plus difficile lorsque le rôle parental a pris beaucoup de place au fil des années. Toutefois, comme le rappelle dans France Inter la psychothérapeute et sexologue Olivia Benhamou, notre identité ne se résume jamais à une seule facette. Le problème apparaît plutôt lorsque les autres ont été laissées de côté. Certaines amitiés se sont espacées. Des loisirs ont disparu faute de temps. Des projets ont été remis à plus tard. Le couple lui-même a parfois principalement fonctionné autour de la vie familiale. Le départ des enfants agit alors comme un révélateur. Jeffrey J. Arnett, professeur de psychologie, rappelait dans Psychology Today que les recherches menées depuis les années 1970 ont d’ailleurs largement nuancé l’idée d’un “syndrome” systématique. Beaucoup de parents ressentent de la tristesse, mais aussi davantage de liberté et de temps personnel.

Retrouver ses envies ne signifie pas remplir immédiatement le vide

Face à une maison plus calme, la tentation peut être de remplir rapidement chaque espace laissé vacant. Pourtant, retrouver ses propres envies demande parfois un peu de temps. L’Arizona State University conseille d’abord de recréer un rythme quotidien. Marcher, revoir des amis, reprendre une activité ou simplement prévoir quelques moments agréables permet progressivement de redonner une structure aux semaines. La psychologue Béatrice Copper-Royer invite également les parents à profiter de ce temps retrouvé pour renouer avec des projets qu’ils avaient mis de côté.

Cette transition peut aussi modifier la relation avec les enfants. Le parent n’a plus à organiser leur quotidien de la même manière, mais le lien ne disparaît pas pour autant. Il change de forme et invite à apprendre une certaine autonomie vis-à-vis de ses enfants. Celle-ci ne consiste pas à moins les aimer, mais à redonner de la place aux autres dimensions de son existence. De nombreux parents déclarent davantage de temps pour leurs intérêts personnels après le départ de leurs enfants. Certaines études constatent également une amélioration de la satisfaction conjugale lorsque le couple était déjà solide. Le vide ressenti au début n’annonce donc pas forcément une vie moins riche. Pour Sophie comme pour beaucoup d’autres parents, la question “qu’est-ce que j’aime, moi ?” peut surtout devenir le point de départ d’une réponse qu’ils n’avaient plus pris le temps de chercher.

 

 

ChMaille

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