Bien Etre

Peut-on porter les traumatismes de ses parents sans les avoir vécus ? Ce que disent les psys

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Dans les romans qui vous ont bercé, l’héroïne hérite du pouvoir magique de ses ancêtres, lui permettant de transcender les règles du temps et de l’espace, et sortir avec son ennemi très sexy.

De votre côté ? Vous avez plutôt l’impression d’avoir hérité de traumatismes générationnels. Autrement dit, la transmission inconsciente d’une souffrance ou d’un événement traumatique non résolu, via la famille.

Mais que dit vraiment la science quand on gratte sous le concept ? Un point est clair : on n’hérite pas d’un souvenir traumatique comme on hérite de la couleur des yeux.

Héritons-nous des traumas familiaux ?

Le premier canal n’a rien de mystérieux : il passe par l’observation. Les bébés apprennent énormément en regardant leurs parents réagir au monde. Quand un parent affiche une peur marquée devant une situation nouvelle, l’enfant capte le signal et ajuste son comportement. Une équipe néerlandaise a passé au crible 19 études sur ce mécanisme dans une méta-analyse de 2023 publiée dans Clinical Child and Family Psychology Review. Conclusion : l’exposition aux réactions de peur des parents augmente la peur et l’évitement des tout-petits face à des stimuli nouveaux, avec un effet causal faible à modéré.

Ce résultat déplace le débat : la transmission du trauma se joue moins dans les gènes que dans le quotidien. Postures, silences, ce qu’on tait devant l’enfant. Un parent n’a pas besoin de raconter l’événement pour qu’une part du signal d’alerte passe. Les psys rappellent toutefois qu’un enfant exposé ne développe pas automatiquement un trouble : le tempérament, l’attachement et le soutien social pèsent tout autant.

Trauma et épigénétique

L’autre piste, plus médiatisée, est l’épigénétique : des mécanismes qui régulent l’activité des gènes sans toucher à l’ADN, via des marques comme la méthylation. La chercheuse Rachel Yehuda a étudié des survivants de la Shoah et leurs enfants adultes, mesurant la méthylation du gène FKBP5, impliqué dans la réponse au stress. Son étude de référence de 2016, parue dans Biological Psychiatry, montre un profil de méthylation différent chez les survivants et leurs enfants par rapport à un groupe témoin, avec une corrélation significative entre générations.

Plus récemment, une équipe américaine a creusé la question sur trois générations de familles syriennes exposées à la guerre. Leur étude de 2025, publiée dans Scientific Reports, identifie des régions du génome différemment méthylées selon que l’exposition remonte à la grand-mère, à la mère enceinte, ou à l’enfant lui-même. Un résultat frappant, mais les auteurs restent prudents : échantillon réduit (131 personnes), analyse sur cellules buccales, et une marque épigénétique peut être une cause, une conséquence, ou simplement le témoin d’une exposition passée. Le message des chercheurs reste plutôt rassurant : nous n’héritons pas d’un traumatisme figé, mais d’une sensibilité au stress modulable par l’environnement, les relations et, si besoin, la thérapie. La biologie transmet des possibilités, pas des sentences.

 

 

ChMaille

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