C’est une rengaine que vous ne connaissez que trop : votre enfant a du mal à s’endormir, se relève plusieurs fois, a peur, froid, soif…
Au moment du coucher, alors que les parents ressentent la fatigue de leur journée, les enfants, eux, réclament une attention souvent soutenue. Certains parents finissent par céder et accepter que leurs enfants finissent par s’endormir avec eux. Est-ce une si mauvaise habitude ?
“ Le fait qu’un enfant veuille dormir avec ses parents n’est pas forcément un signe de manque d’autonomie ou de dépendance,” nous a confié la psychopraticienne Stella Amiard, qui accompagne de nombreux parents et enfants dans la recherche du bon équilibre et de l’autonomie autour du sommeil.
“ Le sommeil est un moment de vulnérabilité pour l’enfant : lorsqu’il s’endort, il se sépare temporairement de ses parents et doit accepter de perdre le contrôle de ce qui l’entoure”, explique-t-elle.
Une habitude qui n’est pas systématiquement à éviter
De nombreux experts ont pris la parole pour alerter sur les risques du cododo pour le développement de l’enfant et son apprentissage de l’autonomie, enjoignant les familles à couper le cordon du sommeil. Cependant, le tableau n’est pas si noir, selon plusieurs études scientifiques récentes. Une grande étude britannique, la Millennium Cohort Study, montre qu’une fois pris en compte le contexte familial et la détresse maternelle, le fait d’avoir dormi dans le lit parental tardivement n’augmente pas le risque de troubles émotionnels ou comportementaux à 10–11 ans. Les travaux récents des chercheurs décrivent même le cododo comme une stratégie vertueuse où parents et enfants cherchent ensemble sécurité et bien-être, et non simplement comme un échec d’autonomie.
Stella Amiard nous explique : “Pour certains enfants, la présence du parent est une sécurité émotionnelle. C’est important de distinguer une habitude rassurante d’un besoin qui traduit une anxiété plus importante.” Cette experte qui mène des thérapies du sommeil avec de nombreuses familles confirme cette fonction sécurisante du cododo : “Dormir ponctuellement avec son enfant ne va pas, en soi, empêcher son autonomie, au contraire.”
Un enfant qui se sent suffisamment sécurisé peut progressivement s’éloigner de ses parents parce qu’il sait qu’ils sont là s’il en a besoin.
Quels sont les risques réels de laisser son enfant dormir avec soi ?
L’ensemble des experts s’accordent sur la nécessité de trouver le juste équilibre. Les risques souvent évoqués au sujet de cette pratique doivent être évalués en tenant compte du contexte global. C’est ce que rappellent les études et notre experte, qui invitent à tenir compte de l’âge de l’enfant et de la situation à l’instant T : “ une séparation, une rentrée scolaire, un déménagement, une naissance, une période de stress ou un événement qui lui fait peur peuvent temporairement augmenter son besoin de proximité”, explique Stella Amiard.
En revanche, lorsque le sommeil avec le parent devient indispensable et que l’enfant ne parvient plus du tout à s’endormir seul, cela peut être le signe que son besoin de réassurance mérite d’être exploré en famille. “Lorsque l’enfant ne parvient absolument pas à dormir sans son parent, que les réveils sont très fréquents, qu’il développe une peur intense de la séparation ou que toute tentative de dormir seul provoque des crises importantes, il peut être intéressant de se demander ce que cette présence vient contenir émotionnellement”, explique Stella Amiard. L’autre risque parfois oublié est celui de l’équilibre du couple parental. Les parents n’ont pas tous la même réaction face à ce besoin de cododo. Au sein du couple cela peut créer des tensions palpables et c’est à ce moment-là qu’il est essentiel de prendre des dispositions.
Trouver le juste équilibre entre les besoins de l’enfant et ceux des parents
“Ce qui peut devenir problématique, ce n’est pas tant le fait de dormir avec ses parents que l’installation d’un fonctionnement dans lequel l’enfant ne se sent plus capable de faire sans eux”, nous confie l’experte. Comment se comporter en tant que parent si l’on se trouve dans cette situation ? La psychopracticienne nous confie que tout l’enjeu est de poser progressivement un nouveau cadre sécurisant. On peut utiliser des phrases telles que “Tu peux avoir besoin de moi et être capable de dormir seul.”
“Cela ne signifie pas abandonner son enfant. On peut lui dire : Je comprends que tu aies besoin de moi, je suis là, et en même temps je sais que tu es capable de dormir dans ton lit.” Dans ce cadre, on vise l’autonomie mais pas la rupture du lien. “L’objectif n’est pas de choisir entre proximité et autonomie, mais d’accompagner l’enfant progressivement vers l’autonomie”, précise enfin Stella Amiard. Si vous rencontrez des difficultés à mettre en place de cadre sécurisant seuls, vous pouvez vous faire accompagner par un professionnel comme le fait Stella Amiard dans ses coaching sommeil.
Sources :
- Entretien avec Stella Amiard, psychopracticienne, qui pratique des thérapies du sommeil.
- Etude de Flynn, P., Gibbs, D. & Spirtos, M. “Shared sleep needs and seeking synchrony in parent–infant sleep: a meta-ethnography of parents’ perspectives and experiences”.

















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