Et si le passé d’un parent ne se limitait pas aux souvenirs et aux conversations de famille, mais s’écrivait aussi dans les cellules reproductrices, au plus intime du corps ?
Depuis quelques années, la notion de traumatisme transgénérationnel s’invite dans les débats, avec une question anxiogène : ce que j’ai subi enfant peut-il marquer mes futurs enfants sans que je le veuille ?
Une étude récente, publiée dans la revue Molecular Psychiatry, a relancé ce débat en suggérant que le trauma d’enfance du père laisserait des traces mesurables dans ses spermatozoïdes.
La marque du traumatisme d’enfance du père
L’équipe du chercheur finlandais Jetro Tuulari a analysé le sperme de 58 hommes d’une trentaine ou quarantaine d’années, issus de la cohorte FinnBrain. Leur traumatisme d’enfance a été évalué avec le questionnaire TADS (Trauma and Distress Scale). Les auteurs décrivent le TADS comme “un questionnaire validé qui interroge les gens sur leurs souvenirs de négligence émotionnelle ou physique, ainsi que d’abus émotionnels ou physiques”.
L’objectif était de repérer des marques d’épigénétique dans les spermatozoïdes, c’est-à-dire des modifications chimiques qui influencent l’activité des gènes sans changer l’ADN lui-même.”L’épigénétique, c’est en gros dire quels gènes sont actifs”, explique Jetro Tuulari, cité par Live Science.
Les chercheurs ont comparé la méthylation de l’ADN et certains petits ARN dans le sperme d’hommes très traumatisés enfant à celui d’hommes peu ou pas exposés. Ils rapportent : “Nos résultats confirment que des expositions au stress plus précoces, même remontant jusqu’à l’enfance, peuvent laisser des empreintes épigénétiques dans les cellules du sperme.”
Ce schéma se maintenait même après que les chercheurs ont vérifié si les différences pouvaient être attribuées à d’autres facteurs, comme la consommation d’alcool ou le tabagisme, souligne la journaliste Marianne Guenot, citée par Live Science. En revanche, l’étude ne suit pas les enfants : elle ne prouve donc pas que ces marques se traduisent par un traumatisme transgénérationnel chez la descendance.
Hériter du père, de la mère… ou des deux ?
Les chercheurs distinguent souvent transmission “intergénérationnelle” (d’un parent à son enfant) et “transgénérationnelle” (effets observés au-delà de la génération directement exposée). Le travail de Jetro Tuulari se concentre sur la lignée paternelle parce que le sperme se prête bien à l’analyse de l’ADN et de l’ARN. D’autres études, par exemple sur d’anciens prisonniers de guerre ou sur des hommes exposés à des traumatismes sévères, ont aussi trouvé des liens entre trauma chez le père et vulnérabilités psychiques ou physiques de leurs enfants. Cela pointe vers une possible transmission paternelle, mais ne signifie pas que le père “compte plus” que la mère.
Le traumatisme maternel a lui aussi été largement étudié, notamment pendant la grossesse et la petite enfance. Le stress intense, la dépression ou un trouble de stress post-traumatique chez la mère influencent l’environnement hormonal du foetus, la qualité du lien d’attachement, le climat émotionnel du foyer. Pour résumer : la biologie du père, la biologie de la mère et leurs comportements au quotidien s’entremêlent. Ces travaux permettent surtout de mieux comprendre comment soutenir les deux parents.

















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