À 30 ans, Chloé aimerait rencontrer quelqu’un avec qui construire une relation.
Pourtant, un élément finit régulièrement par prendre beaucoup de place lorsqu’elle apprend à connaître un homme. “Je bloque sur le nombre de partenaires des hommes que je rencontre“, confie-t-elle. Quelques histoires passées ne lui posent pas forcément problème.
Mais lorsqu’un chiffre lui paraît élevé, son regard sur la personne change. Derrière une information qui appartient pourtant au passé viennent alors se glisser toutes sortes de questions sur la fidélité, l’engagement ou la capacité à se satisfaire d’une relation durable. Chloé est loin d’être la seule à réagir ainsi.
Une vaste recherche menée auprès de 5 331 participants dans 11 pays s’est justement intéressée à l’effet du passé sexuel sur notre perception d’un partenaire potentiel. Publiés dans Scientific Reports, les résultats montrent que plus le nombre d’anciens partenaires augmente, moins les participants se disent disposés à envisager une relation sérieuse avec la personne. Mais l’étude révèle surtout que le chiffre, à lui seul, ne raconte pas toute l’histoire.
Pourquoi un nombre élevé de partenaires peut-il devenir un frein ?
Pour mener leurs expériences, les chercheurs ont présenté différents parcours sexuels à des participants. Les partenaires potentiels avaient eu 4, 12 ou 36 partenaires auparavant. Le résultat apparaît très nettement. Dans les trois études, l’envie d’envisager une relation à long terme diminuait lorsque le nombre augmentait. La baisse entre 4 et 12 partenaires était particulièrement marquée.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une personne ayant eu beaucoup de partenaires sera moins fidèle ou moins capable d’aimer. L’expérience mesurait une perception, pas le comportement futur des personnes concernées. Lorsqu’on découvre le passé sexuel de quelqu’un, on peut cependant lui attribuer une signification. Un nombre important peut être interprété comme le signe d’une préférence pour les relations courtes, d’un rapport différent à la sexualité ou d’une moindre envie de stabilité. Le chiffre devient alors une sorte de raccourci mental. Nous ne jugeons plus seulement ce que nous savons de la personne aujourd’hui, mais ce que nous imaginons de son fonctionnement à partir de son passé.
Ce qui compte n’est pas seulement le chiffre, mais ce qu’il raconte aujourd’hui
C’est d’ailleurs l’un des résultats les plus intéressants de la recherche. Les scientifiques ne se sont pas contentés de faire varier le nombre de partenaires. Ils ont également modifié leur répartition dans le temps. À nombre égal, une personne dont les nouvelles rencontres sexuelles devenaient de moins en moins fréquentes était mieux évaluée qu’une personne dont elles se multipliaient récemment. L’effet était particulièrement visible chez les personnes ayant eu 12 ou 36 partenaires. Notre perception semble donc intégrer l’idée qu’un comportement peut évoluer.
Pour quelqu’un qui, comme Chloé, se sent rapidement arrêté par ce type d’information, cette nuance peut permettre de déplacer la question. Au lieu de se demander uniquement “combien ?”, il peut être plus éclairant de regarder ce que cette histoire signifie réellement aujourd’hui. Cette personne recherchait-elle autrefois des relations occasionnelles et souhaite-t-elle désormais autre chose ? Comment parle-t-elle de fidélité ? De couple ? De ses anciennes relations ? Ses actes correspondent-ils à ce qu’elle dit vouloir construire ? Les chercheurs ont également constaté que les personnes elles-mêmes plus ouvertes au sexe sans engagement accordaient moins d’importance au nombre de partenaires passés, ce qui rappelle que nos réactions dépendent aussi de nos propres valeurs. Un passé sexuel peut donc rester un critère important si deux personnes ont des visions très différentes de la sexualité ou de l’engagement. Mais le chiffre ne suffit pas nécessairement à résumer quelqu’un. Entre celui qu’une personne était il y a dix ans et celui qu’elle est assise en face de nous aujourd’hui, il peut aussi y avoir toute une histoire.

















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