Vous savez que cette relation ne vous convient pas vraiment.
Vous passez davantage de temps à attendre qu’à profiter de ce qu’elle vous apporte. Un jour, la personne vous écrit beaucoup, propose de vous voir, se montre tendre et attentive. Puis, sans prévenir, les messages deviennent rares. Les projets restent flous.
Vous vous demandez ce qui a changé, relisez une conversation pour chercher un indice et vous promettez que cette fois, vous prendrez vos distances. Jusqu’à ce qu’un message arrive. Quelques mots suffisent alors à raviver l’espoir et à faire oublier, au moins momentanément, les jours de doute précédents.
Comme la psychothérapeute américaine Leah Aguirre le souligne dans Psychology Today, ce mécanisme explique en partie pourquoi certaines relations pourtant insatisfaisantes peuvent être particulièrement difficiles à quitter. Ce n’est pas seulement la connexion qui nous retient, mais son imprévisibilité.
Quand l’alternance entre proximité et distance nous accroche davantage
Leah Aguirre décrit un schéma qu’elle retrouve régulièrement chez ses patients. Une personne peut être très présente à certains moments, puis quasiment disparaître. Elle flirte, partage une soirée particulièrement agréable, se confie ou fait soudain preuve d’une attention touchante. Quelques jours plus tard, elle devient distante, évite de fixer un prochain rendez-vous ou répond de manière évasive. Puis elle revient. Ce cycle de connexion, déconnexion et reconnexion peut progressivement rendre la relation très difficile à lâcher, même lorsqu’elle nous apporte beaucoup d’incertitude.
La thérapeute rapproche ce phénomène du renforcement intermittent. Une récompense qui arrive de manière imprévisible peut nous pousser à continuer d’espérer son retour. Dans une relation, cette “récompense” peut être un message tendre, une soirée particulièrement complice ou simplement le soulagement de voir réapparaître quelqu’un dont on attendait des nouvelles. Après plusieurs jours à se demander ce que l’autre pense, la reconnexion procure alors une sensation particulièrement forte. “Vous devenez accro à cette connexion occasionnelle et à cette impression de proximité”, explique Leah Aguirre. Le problème est que ce soulagement peut facilement être confondu avec la preuve que la relation est exceptionnelle.
Les moments agréables ne compensent pas forcément ce qui se passe entre eux
C’est aussi ce qui rend les signaux contradictoires difficiles à interpréter. Quelqu’un peut vous inviter à un très bon dîner, vous accompagner à un mariage ou se souvenir d’un détail important que vous lui avez confié. Ces gestes comptent évidemment. Mais ils ne disent pas toujours comment la personne se comporte dans la durée. Pour Leah Aguirre, il faut surtout observer la cohérence générale de la relation. Est-ce que cette personne tient ses engagements ? Fait-elle de la place pour vous dans son quotidien ? Peut-on parler de ses besoins sans être immédiatement renvoyé à l’idée que l’on demande trop ? Ses paroles et ses actes racontent-ils la même histoire ?
Cela ne signifie pas qu’une personne disponible doit répondre immédiatement à tous les messages ou planifier chaque rendez-vous trois semaines à l’avance. Les relations connaissent forcément des périodes moins fluides. Ce qui importe davantage, c’est ce que l’on ressent lorsque l’on regarde l’ensemble plutôt que les quelques moments très intenses. Si une relation vous laisse constamment dans l’attente, à essayer d’interpréter des silences ou à réduire vos propres attentes pour qu’elle puisse continuer, cette confusion est déjà une information. La chimie peut être forte sans que la relation soit sécurisante ou satisfaisante. Et parfois, ce qui nous manque lorsque nous essayons de partir n’est pas tant la relation telle qu’elle existait au quotidien que l’espoir du prochain moment où, enfin, tout semblait fonctionner.

















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