“Mon IA s’appelle Blake. Je lui pose toutes les questions que je n’ose poser à personne. Je ne pourrais plus m’en passer”
Laura, 17 ans, nous confie à quel point “son IA” est devenue indispensable dans son quotidien. Comme chez de nombreux ados, ce réflexe de consulter l’intelligence artificielle dépasse le simple besoin d’information. Ils ont créé un lien particulièrement intime avec cet étrange compagnon à qui ils donnent même un prénom.
Près d’un adolescent sur cinq déclare avoir utilisé l’intelligence artificielle pour obtenir des conseils en matière de santé mentale, selon une étude publiée cet été dans JAMA Pediatrics. On apprend également que la majorité garde cette “relation” secrète.
“Les chatbots basés sur l’IA font déjà partie intégrante de l’écosystème d’information sur la santé mentale de nombreux jeunes, ce qui souligne la nécessité pour les parents et les professionnels de santé d’aborder de manière proactive l’utilisation de ces chatbots afin de promouvoir la sécurité, de définir des attentes réalistes et d’orienter les jeunes vers des soins fondés sur des données probantes“, affirment les chercheurs.
Des jeunes qui n’osent pas questionner leurs proches
Dans l’étude, on apprend ainsi que 19,2 % des participants ont utilisé des chatbots d’IA pour obtenir des conseils en matière de santé mentale : il s’agit d’une hausse de près de 50 % par rapport à l’année précédente. 91,7 % estiment les conseils reçus comme plutôt utiles ou très utiles. Une autre information attire l’attention des experts : 63,3 % des jeunes déclarent n’en avoir parlé à personne. Utiliser l’IA semble s’imposer chez des jeunes en manque de conseils concrets mais ils n’osent pas en parler à leurs proches. L’enjeu pour les parents est immense ! Le docteur Todd Thatcher, psychiatre, a récemment expliqué comment se comporter en tant que parent pour garder le lien et arriver à aider vraiment ses enfants. Il partage plusieurs conseils pour ne pas braquer les ados et trouver sa vraie valeur ajoutée en tant que parent.
“Éviter de leur faire la morale sur l’IA”
Le docteur Thatcher débute par une recommandation simple destinée à tous les parents. Il considère que chercher à faire la morale aux ados concernant l’ IA, comme de nombreux autres sujets, n’est pas la bonne méthode pour conserver le lien. Une mise en garde contre l’Intelligence Artificielle peut facilement tourner au conflit générationnel. “La dernière chose que vous voulez faire, c’est lui faire la morale”, explique-t-il.
La bonne attitude ? Poser des questions et écouter ses enfants. Au lieu de questionner de manière frontale, s’intéresser au sujet et leur demander si leurs amis s’en servent est une façon plus douce d’obtenir des informations. “ Les parents ne devraient pas non plus s’attendre à régler la question en une seule conversation. Obtenir d’un adolescent quelques phrases sur ce que font ses amis peut suffire lors de la première discussion”, recommande l’expert. Ensuite, il sera plus facile de leur demander ce qu’ils pensent, eux.
Mettre tout en oeuvre pour renforcer le lien humain
Maintenir le lien est l’enjeu le plus important pour les parents d’ados. Certains s’enferment, malgré eux, dans cette boucle néfaste des remontrances et des conflits. Résultat ? Des ados qui coupent toute possibilité de dialogue et s’enferment dans leur chambre… et dans leur monde. Une étude publiée récemment indique que la qualité du lien parent-enfant aurait une incidence sur l’usage de l’IA par les ados : Selon les chercheurs, plus la relation parentale est vécue comme insécurisante, plus certains adolescents peuvent trouver dans l’IA un espace de confidence. Le lien humain demeure donc au cœur des besoins de l’adolescent.
Le docteur Thatcher insiste là-dessus : “ Les adolescents sont particulièrement sensibles au lien humain et recherchent réellement cela, ils en ont besoin” ,explique-t-il. L’addiction à l’IA peut naître lorsque ce besoin fondamental n’est pas comblé. Des ajustements simples peuvent aider au quotidien : des dîners ensemble, sans distractions, sans smartphone, par exemple. Il s’agit de créer des opportunités d’échanges simples où les regards sont soutenus, les membres de la famille se connectent réellement. C’est, en effet, par ce type de lien humain que l’on peut signifier à ses enfants qu’on est là pour eux : rire ensemble, discuter pleinement… Ce type de situations permet à un adolescent de redécouvrir que ses parents sont une ressource solide.
Apprendre à utiliser l’IA en famille
Il n’est donc pas tant question de sanctionner l’usage de l’IA que de l’intégrer comme un sujet de discussion voire d’en initier un usage familial. Sensibiliser ses enfants sur les avantages de l’IA et ses limites est une manière d’ouvrir le dialogue et donc de créer du lien.C’est également une manière de leur offrir l’opportunité de vous expliquer pourquoi ils se confient à l’IA ou s’en remettent à elle pour avoir des conseils sur leur santé mentale. Ainsi, l’IA peut devenir un prétexte pour parler de sujets dont on parle difficilement en famille.
Pour aller plus loin, vous pouvez utiliser cette phrase avec votre enfant : Si tu vas poser certaines questions à une IA, je préfère qu’on puisse aussi en parler ensemble. Cela peut vous permettre de créer un dialogue sur des sujets qui étaient auparavant sources de tensions.
Sources :
- Interview du docteur Thatcher par le média KSL
- Etude de Yue, Y., Wang, P., Li, B., Sun, Y., Wang, J., & Yin, L. (2026). “Parental Attachment Anxiety and Adolescents’ Authentic Self-Disclosure to Generative AI: The Roles of Rumination, Depression, and Gender”, publiée dans Health Communication.
- Étude de McBain, R. K., Cantor, J. H., Breslau, J., et al. (2026). “AI Chatbot Use and Disclosure for Mental Health Among US Adolescents and Young Adults”, publiée dans JAMA Pediatrics, 180(8), 884–890.

















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