Distance et langage corporel entre interlocuteurs

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La distance physique qui existe entre deux interlocuteurs « parle » en soit du type de relation qu’ils partagent. En effet, bien que silencieux, le langage corporel en dit parfois plus que les mots. Du moins, il complète souvent ce qu’on essaie de transmettre par les mots. De plus, afin de bien communiquer deux personnes ont besoin d’être face à face. L’ère technologique dans laquelle nous vivons désormais n’a pas changé cet état de fait mais les e-mails, les chats et autres messageries en ligne laissent moins de place à cet aspect essentiel de la communication.

Le langage non verbal est en effet un facteur déterminant dans la transmission d’un message. Cependant, quelle est la meilleure distance à prendre pour établir une communication qui se veut efficace ?

Un univers de gestuelle

L’univers des gestes, des mouvements et des micro-mouvements fait partie du langage non verbal. Cela signifie ainsi que le geste peut être considéré comme l’unité de base de ce type de langage. Il se définit comme une position ou un mouvement des mains, du visage ou d’autres parties du corps qui est utilisé pour établir une communication directe et immédiate avec une autre personne.

La gestuelle est un moyen de communication à part entière

Le geste peut être considéré comme un mouvement expressif de contenus psychiques. C’est-à-dire que les gestes sont des mouvements musculaires qui cherchent à s’exprimer. Et ils le font, que ce soit de manière volontaire avec une intention délibérée ou que ce soit le résultat involontaire d’une dynamique inconsciente.

Les mimiques et les gestes sont extrêmement complexes. Ils échappent généralement à tout type de mesure précise. Il en est de même des micro-mouvements presque imperceptibles à la perception consciente. Il est donc très difficile de réaliser une appréciation globale et complète de l’univers gestuel.

Dans le monde des interactions humaines, le geste est un mouvement symbolique qui exprime et démontre quelque chose. Cependant, il doit être déchiffré. En d’autres termes, la gestuelle est un message à interpréter. Chaque interlocuteur peut décoder les gestes de l’autre en fonction de ses propres croyances, de ses valeurs ou encore de ses significations personnelles. Mais aussi de la connaissance qu’on a de l’autre personne et du contexte dans lequel se déroule le dialogue.

Le langage non-verbal inclut donc les mouvements du visage, du buste et des mains mais également l’utilisation de l’espace et toutes nos postures corporelles. Ce langage représente un élément spontané de la transmission du message. Cependant, il s’agit souvent d’une ressource marginalisée ou reléguée à un second plan par rapport au langage verbal.

Néanmoins, nous nous sommes habitués non seulement à écouter notre interlocuteur, mais aussi à l’observer. Le besoin de voir l’interlocuteur en parlant est souvent inconscient. C’est-à-dire que nous ne sommes pas conscients du fait que nous avons besoin de voir notre interlocuteur afin de le comprendre dans toute la dimension du message qu’il essaie de nous transmettre. Remarquez bien que lorsque nous communiquons, nous disons « je t’entends » et non « je te vois ».

Les différents types de distance possibles entre les interlocuteurs

Les gestes, les expressions corporelles, la tonalité du discours, la cadence et le rythme, les mouvements réalisés se développent tous dans un espace délimité entre les interlocuteurs. Cet espace lui-même a une importance pour que deux personnes (ou plus) puissent établir une conversation efficace.

Hall (1966) distingue le traitement de l’espace et du mouvement par rapport à cette proximité ou éloignement relationnel. Il les classe en 4 types de distances.

La distance intime

Elle implique une distance de proximité affective. C’est typiquement la distance choisie par un couple dans la relation amoureuse. C’est aussi la distance filiale. Par exemple lors d’un câlin entre un père et son fils. C’est la proximité qui permet la fusion des interlocuteurs. C’est aussi, dans une certaine mesure, la rupture de la limite territoriale personnelle. Cet espace invite à s’exprimer affectivement. Par exemple, en embrassant ou en caressant le corps de l’autre.

La distance personnelle

C’est une distance de proximité, mais au sein de laquelle les interlocuteurs maintiennent leurs frontières personnelles. En d’autres termes, les limites personnelles sont clairement définies et ne sont pas franchies. C’est la distance des relations interpersonnelles entre amis, entre proches de la même famille ou entre collègues de travail. C’est aussi la distance appropriée entre deux personnes qui ont un but ou un intérêt commun.

La distance sociale

Ce type de distance n’inclut aucun contact physique. En effet, c’est le regard qui prédomine et qui constitue le seul type de lien possible. Il ne s’agit cependant pas d’une relation impersonnelle. C’est juste qu’un espace protecteur sépare les interlocuteurs d’éventuelles invasions ou intrusions de la part de l’autre. C’est la distance appropriée dans les contextes de négociation et de vente. En général, l’espace entre les interlocuteurs est occupé par un bureau, un étalage, une table, ou d’autres objets qui imposent une certaine distance entre les locuteurs. Par exemple, dans un cabinet psychiatrique, c’est typiquement la distance thérapeutique qui implique la présence du bureau, de la blouse blanche, etc.

La distance publique

C’est la distance des relations formelles. Il n’y a pas d’intimité, encore moins de lien personnalisé. Tout type de relation directe est banni. C’est la distance habituelle du professeur ou du conférencier.

Les facteurs ayant une influence sur la distance entre interlocuteurs

Dans les 3 derniers types de distances cités précédemment – à savoir la distance personnelle, sociale et publique – la mesure de l’espace entre les interlocuteurs varie entre 60 et 80 cm. Cela correspond généralement à une largeur de porte ou d’un couloir.

L’aspect environnemental

De cette façon, l’architecture impose d’une certaine manière nos modes de vie et d’interaction. Par exemple, les portes intérieures sont généralement moins larges que celles qui donnent vers l’extérieur. C’est le cas des maisons aménagées selon les exigences particulières de chaque famille mais aussi des constructions impersonnelles des bâtiments publiques.

En effet, les portes intérieures contemporaines, ainsi que les couloirs, ont une largeur d’environ 65 cm. Alors que les portes d’entrée mesurent normalement 80 cm. De la même manière, même si les constructions de la première moitié du XXe siècle étaient caractérisées par des portes intérieures plus larges que celles d’aujourd’hui, les portes extérieures étaient souvent à double battant.

On peut donc émettre l’hypothèse suivante. Bien que nous vivions aujourd’hui à une époque ou les relations sont plus impersonnelles, les distances personnelles, sociales et publiques ont été réduites. Cette situation contraste avec celle des premières décennies du siècle dernier. Ainsi, à cette époque, malgré le fait que les interactions étaient plus étroites et plus proches (voisins de quartier, plus de temps consacré aux amis et à la famille), la distance imposée se voulait plus formelle. Le contact physique était donc moins acceptable et la distance relationnelle était beaucoup plus grande qu’elle ne l’est actuellement.

L’aspect culturel

Cependant, la distance relationnelle dépend aussi du contexte socioculturel. Chaque culture impose à ses membres un type d’espace entre les interlocuteurs. Dans certaines cultures, une certaine distance sociale équivaut à une distance intime dans d’autres cultures. Cela peut évidemment créer des malentendus de communication dans un contexte internationale. C’est particulièrement vrai dans les cas où la culture veut que la parole s’accompagne d’un certain niveau de contact physique.

Les relations et les échanges intimes impliquent une moindre distance

Un exemple de la distance entre interlocuteurs dans le contexte socioculturel

Un exemple, auquel se réfère Paul Watzlawick (1976), illustre ces différences culturelles. Ainsi, des chercheurs ont fait une étude à l’aéroport de Rio de Janeiro au Brésil. L’aéroport disposait à cette époque d’une terrasse avec une rampe d’accès légèrement inclinée. Cette rampe avait fait l’objet d’un certain nombre de chutes accidentelles au cours des dernières années. Ces accidents concernaient principalement des européens qui étaient alors accompagnés de brésiliens.

Cette terrasse servait de lieu de rencontre pour les retrouvailles et les adieux des passagers. Les chercheurs ont découvert que dans ce type de situation la distance moyenne entre un brésilien et un européen correspondait presque à la distance intime selon les critères européens. Ces derniers, parfois mal à l’aise, avaient donc tendance à reculer afin de maintenir un espace qui leur convienne face aux démonstrations affectives de leur interlocuteurs brésiliens. A cela les brésiliens répondaient en avançant à la recherche de leur propre distance sociale. C’est ainsi que certains européens finissaient par chuter en raison de la pente de la rampe d’accès.

Conclusions

Au-delà de la distance entre interlocuteurs que la culture nous impose, chacun de nous établit également ses propres normes en terme d’espacement avec l’autre. Néanmoins, la distance standard de 80 cm permet d’avoir une vision globale de l’interlocuteur. Cela permet ainsi d’observer le corps tout entier de la personne au moyen de la vision périphérique. Et ce, afin de pouvoir apprécier les messages gestuels qui nous sont envoyés.

Enfin, les gestes sont indomptables. En effet, même s’il est possible de maîtriser de manière consciente ce que nous exprimons verbalement (exception faite des actes manqués !), il est impossible de contrôler ses gestes .

Ainsi, lorsque l’interprétation du message des autres est sujette au doute, il peut être judicieux d’être conscient de notre distance communicationnelle et de la métacommunication de nos interlocuteurs afin de lever l’incertitude. Il s’agit de reconnaître certains codes afin de promouvoir une communication saine et efficace.

 

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